Françafrique : après Sarkozy « le braqueur », Hollande « le sorcier » ?

Le Mouvement des Africains-Français -www.africains-francais.org – a décidé de donner une consigne de vote aux Africains de France : voter pour François Hollande au premier et au second tour. L’une des revendications qui a amené ce mouvement dirigé par un écrivain de renommée mondiale, Calixthe Beyala, à donner cette consigne de vote est la fin de la Françafrique. Ah la Françafrique !  Cet ensemble de mécanismes politiques, économiques, militaires et mafieux, le tout piloté depuis l’Elysée avec comme relais les potentats africains corrompus, qui en retour financent les campagnes électorales des candidats français. Cette Françafrique, un os qui étouffe beaucoup de pays africains depuis les soi-disant indépendances au début des années 1960 !

J’avais décidé en 2009 à la fin de mes études en sciences politiques à l’Université Libre de Bruxelles, d’y consacrer mon mémoire, à travers la question de la continuité de ce système malgré le changement de présidents à la tête de la France, et leur volonté plus ou moins sincère d’y mettre fin. Rien de bien original puisque des journalistes ou des chercheurs s’étaient consacrés avant moi au sujet. Ma touche personnelle consistait à prendre chaque président de la cinquième république, à analyser ses promesses dans le domaine et à les confronter à la réalité de son action. Le choix du sujet était dicté par mes convictions militantes qui me poussaient plus que tout à saisir l’opportunité de travailler sur la question. Mais en même temps, le principe scientifique sacro-saint d’objectivité enseigné à tout étudiant en sciences politiques, m’empêchait de prendre position et m’obligeait à ne m’en tenir qu’aux faits. Le jour de la soutenance, je compris que je fis une erreur en appliquant à la lettre les concepts scientifiques qu’on m’avait enseignés. Je tombai sur une professeur qui me mitrailla au point de me donner le sentiment qu’en ne prenant pas parti et en ne donnant pas raison explicitement à Sankara, Lumumba et autres, j’étais devenu un traitre à la cause africaine. Elle ne pouvait pas savoir combien elle était politiquement en phase avec mes convictions ! Je retins la leçon.

Sarkozy dans la lignée des « braqueurs »

Après avoir attentivement étudié l’histoire des actions politiques de chaque président français depuis De Gaulle, deux images métaphoriques me vinrent en tête : celle des braqueurs pour la droite et celle des sorciers pour la gauche. A part Sarkozy qui annonça au début de son mandat « vouloir changer les relations entre la France et l’Afrique » pour rapidement tourner casaque, tous les présidents français de droite affirment plus ou moins ouvertement leur soutien à la gestion de la politique entre la France et l’Afrique telle qu’elle existe aujourd’hui. Une politique qui n’est pas gérée depuis le Quai d’Orsay comme toutes les autres politiques étrangères, mais depuis la petite cellule africaine opaque de l’Elysée. Des personnages plus ou moins douteux ont été à la manoeuvre dans ce cabinet, le dernier en date étant Claude Guéant. En prenant position ainsi, la droite « décomplexée » annonce clairement aux populations africaines quelle sera la ligne politique française africaine pour le nouveau quinquennat. On peut la résumer en quelques mots : « on va vous taper dessus, nos intérêts passent avant vos souffrances et ce sera toujours à nous de vous dire quel est le bon président pour vous ». Cette prise de position a le mérite d’être clair et ne laisse aux Africains aucune ambiguïté. Le braqueur quand il vient vous voler, ne se cache pas pour le faire. Il braque son arme sur vous et vous dépouille. Il n’y a pas de place pour la discussion. Telle est la conception de la droite quand elle vient imposer la Françafrique aux Africains.
D’ailleurs, je me souviens que quand Chirac venait au Togo, la foule qui l’accueillait scandait toujours « Papa Chirac, Papa Chirac ! » Outre le fait de rendre hommage à la « sagesse » d’un homme âgé, ce mot « Papa » exprimait aussi la puissance paternelle dont le symbole est assez fort en Afrique : le père qui impose tout sans discussions !

Hollande dans la lignée des « sorciers »

La politique de la gauche française ou des gauches européennes vis-à-vis de l’Afrique est beaucoup plus pernicieuse, plus hypocrite et plus roublarde que celle de la droite. La gauche est la championne des mots doux, des mots d’espoir, des mots de changement que les populations africaines vivant dans la misère aiment entendre. Une fois le pouvoir sous la main et le vote des Africains engrangé, la gauche dans la pratique fait autre chose. Tout en continuant à flatter les Africains, elle leur tape dessus, plus fort encore que la droite ! Avouez que le coup subi est toujours plus rude quand on ne s’y attend pas, surtout de la part de quelqu’un qui répète à longueur de temps être votre « ami ». Les Africains en sortent toujours groggy car ils ne s’y attendent pas. C’est pourquoi j’ai choisi la métaphore du sorcier, car dans certaines contrées africaines, on dit que le sorcier est celui qui rit à belles dents avec sa victime pendant la journée et qui une une fois la nuit venue, emploiera la magie noire pour la tuer.

L’exemple parfait dans ce domaine est celui de François Mitterrand, un homme de droite passé à gauche. En 1981, il est élu avec un grand espoir, et une promesse, celle de réformer en profondeur la politique africaine et de cesser le soutien de la France aux dictateurs. Pour cela, il nomme un ministre de la coopération, Jean-Pierre Cot, dont les convictions sont fortes et l’objectif clair : mettre fin à la Françafrique. Deux ans plus tard, après les interventions de dictateurs africains, Mitterrand mettra Jean-Pierre Cot dehors. Sarkozy fera la même chose après lorsqu’il annonça la rupture avec la politique chiraquienne. Après avoir nommé Jean-Marie Bockel qui jura de signer « l’acte de décès de la Françafrique », il le vira sur demande des dictateurs gabonais Omar Bongo, congolais Denis Sassou Nguesso, et tchadien Idriss Déby.

Conclusion : Hollande ne fera rien ou fera pire que Sarkozy

En conclusion, il ne faut rien attendre de François Hollande dont le silence sur la question est plus que significatif. Il a été nourri au lait mitterrandien et de cette gauche mensongère qui participe à la prostitution de l’Afrique. Le pessimisme est de rigueur quant à la remise en cause d’un tel système sous François Hollande. Les Partis Socialistes européens sont devenus des partis bourgeois pour qui la lutte contre les injustices dans le monde ne signifie plus rien. Si les dictateurs africains peuvent les aider à garder le pouvoir en France, croyez-moi, François Hollande et ses amis socialistes les soutiendront sans sourciller ! Ne vous fiez donc pas aux promesses socialistes ! A bon entendeur salut !

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A propos KALVIN SOIRESSE NJALL

Journaliste, Écrivain, Coordinateur du Collectif "Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations" rassemblant 130 associations africaines subsahariennes de Belgique. Passionné de littérature et de contradiction.
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Un commentaire pour Françafrique : après Sarkozy « le braqueur », Hollande « le sorcier » ?

  1. anneet dit :

    Qui vous a dit que Mitterand, Hollande… sont des hommes de gauche? Hollandde le sera pour qutant quj’il gouverne avec Melenchon et le PCF

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