La Belgique demandera-t-elle un jour « Pardon » au Congo au Rwanda et au Burundi pour son système colonial pervers?

« Traits d’union », c’est le titre d’un merveilleux spectacle que j’ai eu l’occasion de suivre au théâtre de poche de Bruxelles. La merveille de ce spectacle n’est pas tant son contenu qui n’est pas nouveau mais la force avec laquelle les questions sont posées et les personnes qui les posent. La jeunesse des acteurs prouve encore le malaise qui persiste dans les relations belgo-congolaises mais aussi entre l’Afrique et l’Europe en général. La question du pardon colonial a été posée dans le spectacle.

Pour certains qui se disent uniquement pragmatiques, le pardon n’est pas nécessaire car il faut aller de l’avant. Ce postulat est vrai, l’Afrique n’a pas besoin du pardon de l’Europe pour aller de l’avant. Mais à y regarder de près, ce pardon est nécessaire d’un point de vue historique, et capital pour le futur si nous ne voulons pas aller vers de plus grandes incompréhensions entre les générations futures des deux continents. Certaines questions se posent: adhérons-nous aux principes d’universalisme? Acceptons-nous aujourd’hui le principe selon lequel aucune civilisation n’est supérieure du point de vue du droit  à une autre? Si nous adhérons à ces principes, alors, nous devons accepter de parler de ce pardon si nécessaire.

Aujourd’hui, le Japon ne peut plus se permettre d’affirmer certaines choses sur son époque coloniale face à la Chine qu’elle avait maltraitée. L’Europe ne peut plus se permettre d’avoir une attitude de méprise envers Israël en raison de la maltraitance que les Juifs ont subie. Dans les deux cas, le pardon a été prononcé. L’Africain qui a subi la colonisation et tous ses effets pervers est-il un sous-homme au point de ne pas mériter ce pardon?

La France ne veut pas prononcer le mot pardon en raison de son arrogance et de son mépris envers les Africains.

L’ Angleterre veut quant à elle éviter de sortir le gros chequier car demander pardon reviendrait à donner le droit aux anciennes colonies de demander réparation et elle en a eu des centaines comme la France.

Qu’en est-il de la Belgique? Elle fait tout d’abord du suivisme. Elle ne veut pas être la première à demander pardon car elle se ferait accuser par ses voisins ancien colonisateurs. Ensuite les tenants du « mythe léopoldien » ont encore une place de choix au palais royal et dans la vie politique belge. Les défenseurs du « génie de Léopold II » freinent des quatre fers. Ce génie si tenté qu’il en soit un, a le soubassement empli de sang. La Belgique doit faire attention au fait de vouloir absolument copier la France et l’Angleterre sur ce sujet. La politique étrangère n’est jamais dénuée d’irationnalité. Aujourd’hui, les chefs d’Etat africains bêtes et manipulés sont imposés et n’osent pas évoquer la question. Lorsque l’Afrique aura des dirigeants véritablement indépendants et ayant une petite marge de manoeuvre, le souvenir de l’ancienne Europe coloniale devenue arrogante et méprisante sera présente dans les grandes décisions. Et là, la question du pardon deviendra aux yeux des dirigeants européens eux-mêmes incontournable.

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A propos KALVIN SOIRESSE NJALL

Journaliste, Écrivain, Coordinateur du Collectif "Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations" rassemblant 130 associations africaines subsahariennes de Belgique. Passionné de littérature et de contradiction.
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